Héronnière à Limal : refusée par le DNF, la dérogation accordée par la ministre Dalcq
En 2026, deux administrations wallonnes s'étaient prononcées contre le projet de trois immeubles dans le bois de la Héronnière, à Limal (Wavre). Le 22 septembre, la ministre wallonne Anne-Catherine Dalcq (MR) a réformé le refus du DNF et accordé la dérogation au promoteur, en imposant des compensations supplémentaires. BrabantNews a pu consulter ces documents.
Par Philippe Loneux Publié le Mis à jour le 5 min de lecture
Illustration : BrabantNews, d'après les documents consultés
Sommaire de l'article
Mise à jour : le permis a été refusé. Le ministre wallon du Territoire, François Desquesnes, a signé le lundi 5 octobre 2026 le refus de permis pour les trois immeubles du bois de la Héronnière. Lire notre article.
En 2026, deux administrations wallonnes s’étaient prononcées contre le projet de trois immeubles dans le bois de la Héronnière, à Limal (Wavre) : le Département de la Nature et des Forêts a refusé en février la dérogation à la protection des espèces, puis la fonctionnaire déléguée à l’urbanisme a rendu un avis défavorable en avril. Le 22 septembre, la ministre wallonne Anne-Catherine Dalcq (MR) a réformé le refus du DNF et accordé la dérogation au promoteur, en imposant des compensations supplémentaires. BrabantNews a pu consulter ces documents.
Février 2026 : le DNF refuse la dérogation
Pour construire ses trois immeubles de sept étages (81 logements), le promoteur Rooftop 2 doit obtenir une dérogation à la loi sur la conservation de la nature : des espèces protégées vivent sur le site.
Le 6 février 2026, le Département de la Nature et des Forêts (DNF) l’a refusée, à la suite d’un avis défavorable de la Section Nature du Pôle Ruralité du 17 décembre 2025. Dans sa décision, que BrabantNews a pu consulter, le DNF relève notamment que :
- le bois figure déjà sur les cartes du XVIIIe siècle et abrite des plantes typiques des forêts anciennes, comme la jacinthe des bois, ainsi que de nombreux arbres morts ou à cavités ;
- le projet impliquerait la destruction de 33 % de la surface du boisement et l’abattage de 327 arbres ;
- le site présente un intérêt biologique « majeur » pour les chauves-souris, avec plus de 1 000 contacts enregistrés par nuit lors des relevés ;
- « la destruction d’un tel boisement » ne peut, selon lui, « pas être adéquatement compensée ».
Le DNF conclut que deux conditions légales ne sont pas remplies : l’absence d’autre solution satisfaisante, et le maintien des espèces concernées dans un état de conservation favorable.
Avril 2026 : avis défavorable de la Région sur le projet modifié
Le promoteur a ensuite déposé des plans modificatifs, soumis à une nouvelle enquête publique en février 2026. Elle a recueilli 995 réclamations.
Le 27 avril 2026, la fonctionnaire déléguée de la Région wallonne a rendu un avis défavorable sur ce projet modifié, selon un document dont BrabantNews a obtenu copie. En juillet 2025, le fonctionnaire délégué alors en fonction avait rendu un avis favorable sur le projet initial, à condition notamment d’obtenir la dérogation.
L’avis d’avril constate que cette dérogation n’a pas pu être obtenue. Il relève, en citant le DNF, qu’en vertu de la jurisprudence européenne, une telle dérogation doit être accordée avant le permis, sans quoi celui-ci serait illégal. Il relève aussi que les modifications n’ont pas permis de répondre « de manière substantielle » aux remarques sur le maintien des couloirs écologiques et la protection des espèces.
Sollicité par BrabantNews, le SPW Territoire n’avait pas réagi au moment de la publication.
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Septembre 2026 : la ministre réforme le refus
Rooftop 2 a introduit un recours contre le refus du DNF le 9 avril 2026. Le 22 septembre, la ministre wallonne de l’Agriculture et de la Ruralité, Anne-Catherine Dalcq, compétente pour la Nature, a signé un arrêté qui réforme la décision du DNF et accorde la dérogation.
L’arrêté autorise le promoteur, sur une superficie de 9 500 m², à détériorer les habitats de 46 espèces protégées : 33 espèces d’oiseaux, sept espèces de chauves-souris, ainsi que l’orvet, le crapaud commun, la grenouille rousse, l’écaille chinée (un papillon), l’écureuil roux et le hérisson. Il autorise aussi à déraciner et déplacer jusqu’à 50 pieds de jacinthes des bois.
La dérogation est conditionnée aux mesures d’atténuation et de compensation proposées par le bureau d’étude du promoteur, avec un suivi par le DNF. Parmi les mesures compensatoires, l’arrêté cite notamment la préservation de 18 151 m² de boisement et la plantation de 52 arbres à haute tige.
L’arrêté impose en outre des compensations hors site au Domaine régional Solvay, à La Hulpe : un « dortoir » à chauves-souris, la restauration d’un verger conservatoire avec 25 gîtes à chauves-souris, et des plantations d’arbres et de haies.
La dérogation est valable du 1er août 2027 au 1er août 2030.
Dans l’arrêté, la ministre indique se rallier à la justification présentée par le promoteur. Le texte met en avant la situation du terrain en zone d’habitat, le développement de l’habitat encouragé à cet endroit par les outils d’aménagement de la Région, et un projet revu pour réduire son emprise au sol, passée de 2 368 m² à 1 326 m². Il retient que seuls 46 arbres sains seront abattus pour la construction. Les deux documents ne comptent pas les arbres de la même manière : l’arrêté distingue, parmi les 154 arbres situés dans l’emprise du projet, ceux qui sont morts ou malades et ceux qui seront transplantés. Sollicité lundi par BrabantNews au sujet de la dérogation, le promoteur n’avait pas réagi au moment de la publication.
Ce que dit le cabinet de la ministre
Interrogé par BrabantNews, le porte-parole de la ministre, Jean-Philippe Lombardi, explique que le projet prévoyait déjà des mesures de compensation, mais que la ministre a décidé d’aller plus loin en « imposant » des mesures supplémentaires hors site, notamment pour les chauves-souris. « Il n’y aurait pas eu de dérogation sans ces mesures compensatoires supplémentaires », précise-t-il.
Interrogé sur les raisons pour lesquelles la ministre s’est écartée de l’analyse du DNF, le cabinet n’avait pas apporté de précision au moment de la publication.
Réformer sur recours une décision de l’administration est une procédure prévue par la loi. La ministre l’avait déjà fait en 2025 pour le projet de voirie de contournement de Braine-l’Alleud, en accordant sur recours une dérogation qui avait d’abord été refusée.
Et maintenant ?
La dérogation obtenue, le dernier mot revient au ministre wallon du Territoire, François Desquesnes (Les Engagés), saisi du recours du promoteur contre le refus de permis de la Ville de Wavre. Sa décision est attendue dans les prochains jours. BrabantNews la publiera dès qu’elle sera connue.
Toute la chronologie du dossier est à lire dans notre article : Bois de la Héronnière à Limal : le ministre doit trancher sur les 81 logements. Pour la vie locale à Wavre, voir aussi la page Vivre à Wavre.
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Questions fréquentes
Pourquoi le DNF a-t-il refusé la dérogation pour le bois de la Héronnière à Limal ?
Dans sa décision du 6 février 2026, le DNF estime que deux conditions légales ne sont pas remplies : l'absence d'autre solution satisfaisante, et le maintien des espèces concernées dans un état de conservation favorable. Il relève notamment la destruction de 33 % du boisement, l'abattage de 327 arbres et un intérêt biologique « majeur » pour les chauves-souris.
Qu'a décidé la ministre Dalcq pour la Héronnière à Limal ?
Le 22 septembre 2026, la ministre wallonne Anne-Catherine Dalcq a signé un arrêté qui réforme la décision du DNF et accorde la dérogation au promoteur Rooftop 2, sur 9 500 m² et pour 46 espèces protégées, du 1er août 2027 au 1er août 2030, avec des compensations sur place et au Domaine régional Solvay, à La Hulpe.
Quelles compensations sont prévues au Domaine Solvay à La Hulpe ?
L'arrêté ministériel du 22 septembre 2026 impose un « dortoir » à chauves-souris, la restauration d'un verger conservatoire avec 25 gîtes à chauves-souris, et des plantations d'arbres et de haies au Domaine régional Solvay.
Le projet de la Héronnière à Limal a-t-il son permis ?
Non, au 6 octobre 2026. La Ville de Wavre a refusé le permis et le promoteur a introduit un recours. Le dernier mot revient au ministre wallon du Territoire, François Desquesnes, dont la décision est attendue dans les prochains jours.