Procès Ullens aux assises à Nivelles : la préméditation au cœur des débats
Depuis le 24 septembre 2026, la cour d'assises du Brabant wallon juge à Nivelles Nicolas Ullens de Schooten, accusé de l'assassinat de sa belle-mère à Ohain (Lasne) le 29 mars 2023. Il reconnaît avoir tiré mais conteste la préméditation. Le 5 octobre, l'accusation a requis l'assassinat, la défense a plaidé le meurtre ; le jury délibère depuis le 6 octobre.
Par Philippe Loneux Publié le Mis à jour le 11 min de lecture
Sommaire de l'article
Verdict : Nicolas Ullens reconnu coupable d’assassinat. Le mardi 6 octobre 2026, la cour d’assises a retenu la préméditation, par 7 jurés contre 5. Lire notre article sur le verdict.
Un procès d’assises pour la mort d’une habitante d’Ohain
La cour d’assises du Brabant wallon a ouvert ses débats le jeudi 24 septembre 2026 au palais de justice de Nivelles. Elle juge Nicolas Ullens de Schooten, accusé d’avoir assassiné sa belle-mère, Myriam Lechien, 70 ans, abattue le 29 mars 2023 à Ohain, section de Lasne. Son époux avait été blessé à une jambe, selon TV Com.
Selon la RTBF et TV Com, l’accusé ne nie pas avoir tiré : il s’était présenté lui-même à la police peu après les faits. Ce qu’il conteste, c’est d’avoir prémédité son geste. Il comparaît libre depuis mars 2026 et reste présumé innocent de l’assassinat tant que le jury ne s’est pas prononcé.
Premier jour à Nivelles : une jurée remplacée et un acte d’accusation-fleuve
Le jury avait été tiré au sort le lundi 21 septembre : six femmes et six hommes, épaulés de six suppléants, précaution retenue par le président Pierre Delcour pour une session appelée à durer environ quinze jours.
Cette précaution a servi dès l’ouverture. La sixième jurée ne s’est pas présentée jeudi matin : selon la dépêche Belga reprise par La Libre, elle était dans l’incapacité de siéger pour des raisons médicales. Après avoir entendu les parties, la cour l’a remplacée par la première suppléante. Il reste donc cinq suppléants pour la suite.
L’avocate générale a ensuite commencé à lire l’acte d’accusation, un document de plus de 150 pages. Elle a choisi d’en sauter la partie consacrée aux témoins de moralité, qui viendront de toute façon déposer à la barre : « Sinon, je vais perdre mon jury », a-t-elle glissé, selon L’Avenir.
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Ce que les cinq premières journées ont apporté
Jeudi 24 septembre : la version de l’accusé
Interrogé par le président en fin de journée, Nicolas Ullens a raconté sa matinée du 29 mars 2023, selon L’Avenir. Il dit être passé chez son père sans prévenir, avec trois demandes : sa présence au mariage de sa fille, un coup de main pour son fils, jeune père, et des explications sur la mise en vente de la propriété de Lasne. Trois refus, affirme-t-il. Reparti ému, il s’est arrêté plus loin, a mis son arme à la ceinture, a heurté la voiture du couple qui sortait du domaine, puis a fait feu sur sa belle-mère, au volant.
L’accusé décrit une colère qui l’a « fait sortir de [lui] », au terme de trente-cinq ans de rancœurs familiales. Il a dit son « dégoût » pour son geste, s’est effondré en larmes à la barre et a renouvelé ses excuses à la famille de la victime. Il affirme s’être réconcilié avec son père par la suite. Guy Ullens est mort en 2025, précise L’Avenir : ses déclarations de l’enquête ont été lues à l’audience.
La RTBF a reconstitué la chronologie établie par l’enquête : la camionnette de l’accusé est filmée en marche arrière près du domaine à 10 h 34, la voiture du couple démarre à 10 h 43, et Nicolas Ullens arrive au commissariat de la zone de police La Mazerine à 10 h 47. C’est dans cet intervalle que se joue la question de la préméditation.
Vendredi 25 septembre : les enquêteurs et la juge d’instruction
Policiers et juge d’instruction ont exposé leurs constatations pendant près de huit heures. Au guichet du commissariat, l’accusé s’était présenté en disant croire avoir tué sa belle-mère, calme mais les mains tremblantes, a rapporté l’employée qui l’a accueilli.
La juge d’instruction a souligné que ses premières déclarations portaient surtout sur l’argent et le train de vie du couple, avant que sa défense ne mette en avant la relation blessée avec son père. La défense de Nicolas Ullens a vivement contesté cette lecture, en rappelant que son client présentait son père comme son meilleur ami dès sa première audition, selon L’Avenir.
Lundi 28 septembre : les proches de la victime, puis les experts
Les enfants et la sœur de la victime ont décrit une mère et une grand-mère très présente, et contesté l’idée qu’elle aurait éloigné son mari de ses enfants, selon la RTBF et L’Avenir. BrabantNews ne publie pas le détail de ces témoignages, qui relèvent de la vie privée d’une famille endeuillée.
L’après-midi, les experts en balistique ont jugé leurs constatations compatibles avec le récit de l’accusé : six tirs à bout portant, en deux temps (quatre, une interruption, puis deux), dont trois mortels. Pour l’avocat des enfants de la victime, cette pause montre une forme de lucidité, rapporte la RTBF. Pour le psychologue et le neuropsychiatre, l’accusé ne souffrait d’aucune maladie mentale et restait maître de ses actes quand il a tiré. Ils décrivent des traits narcissiques qui ne forment pas un trouble, et un risque de violence future jugé faible.
Mardi 29 septembre : l’argent du couple et la famille de l’accusé
Le matin, la cour a entendu la personne qui gérait depuis 2008 les finances privées de Guy Ullens et de son épouse, depuis des bureaux situés à La Hulpe. Selon la RTBF et La DH, elle a décrit un couple aux dépenses considérables, qu’elle s’efforçait de réduire, et des manques de liquidités récurrents : une fortune placée dans des projets et des œuvres d’art plutôt que sur des comptes. La propriété d’Ohain avait d’ailleurs été mise en vente.
Elle a aussi évoqué les tensions entre Guy Ullens et ses enfants. En 2018, ceux-ci avaient engagé une procédure judiciaire liée à la succession, qui avait bloqué ses comptes jusqu’en mars 2019. Guy Ullens l’avait vécue comme une trahison, a-t-elle rapporté.
L’après-midi, l’épouse et les enfants de l’accusé, puis d’autres membres de sa famille, ont décrit un homme proche de son père dans sa jeunesse, puis blessé par un éloignement progressif après le remariage de celui-ci. Plusieurs ont parlé d’« injustice émotionnelle » et de rencontres familiales devenues rares et formelles, selon L’Avenir et la RTBF. Tous ont insisté sur ses regrets depuis les faits, et sur la réconciliation avec son père, survenue après le drame. Un témoin de la famille a jugé le geste « compréhensible mais inacceptable », rapporte La DH.
Ces témoignages soutiennent la thèse de la défense : un geste né d’une souffrance ancienne, pas d’un plan. L’avocat des parties civiles s’est indigné d’une des déclarations lues à l’audience, selon La DH. BrabantNews ne nomme pas les témoins et ne reprend pas le détail de ces récits familiaux.
Mercredi 30 septembre : les témoins de moralité de la victime
La matinée a été consacrée à des proches de Myriam Lechien. Ils ont décrit une femme généreuse et courageuse, déjà cheffe d’entreprise avant de rencontrer Guy Ullens, et contesté l’image d’une épouse attirée par sa fortune, selon L’Avenir et la RTBF. Plusieurs ont dit leur peine face au portrait négatif dressé d’elle à l’audience et dans la presse après les faits.
Un ancien prestataire de la marque qu’elle avait lancée a livré un témoignage nettement plus critique. Les avocats des parties civiles ont relevé qu’il avait rencontré l’accusé à deux reprises à l’époque, ce que le témoin a confirmé. BrabantNews ne nomme pas les témoins et ne reprend pas le détail de leurs récits.
Jeudi 1er octobre : le psychiatre qui suit l’accusé
La cour a entendu le psychiatre qui suit l’accusé depuis sa sortie de prison sous bracelet électronique. Il témoignait comme médecin traitant, et non comme expert désigné par la justice, précise la RTBF. Selon lui, au moment des tirs, les émotions auraient pris le dessus sur les capacités de contrôle : il a parlé d’une « éclipse de la personnalité », l’accusé lui ayant décrit l’impression d’être « hors de son corps ».
Le psychiatre n’a pas pour autant diagnostiqué de maladie mentale, et il a décrit un patient qui n’est habituellement pas impulsif, mais très sensible à ce qu’il vit comme une injustice. Son analyse diffère de celle des experts entendus le 28 septembre, pour qui l’accusé restait maître de ses actes. Pour les jurés, ces deux lectures pèsent sur la même question : le geste a-t-il été décidé à l’avance, ou est-il né d’un débordement soudain ? BrabantNews ne reprend pas les éléments de la vie privée évoqués à l’audience.
Vendredi 2 octobre : nouvelles excuses, puis les plaidoiries des parties civiles
Avant les plaidoiries, la cour a entendu les derniers témoins de moralité de l’accusé. Parmi eux, un consultant chargé en 2018 par Guy Ullens de réorganiser son patrimoine a décrit des biens nettement surévalués par le couple et des recommandations restées sans suite, selon L’Avenir. BrabantNews ne reprend pas le détail de ces éléments financiers privés.
L’accusé a ensuite repris la parole pour renouveler ses excuses. Il a dit regretter un acte « qui n’est pas en lien avec le reste de [sa] vie », selon la RTBF, et s’est adressé aux proches de la victime, à sa propre famille et, plus largement, à la société belge, lui qui a longtemps travaillé à la Sûreté de l’État. La semaine précédente, la famille de la victime avait jugé ses premières excuses tardives.
L’après-midi, Me Laurent Kennes, avocat des enfants de la victime, a ouvert les plaidoiries. Pour lui, la préméditation ressort des quelques minutes qui ont précédé les tirs : après le refus de son père, l’accusé a quitté la villa, s’est arrêté seul près de la sortie avec son arme, puis a fait demi-tour pour placer sa camionnette face au portail. « C’est un choix, il a réfléchi », a-t-il plaidé, cité par la RTBF, en rappelant que la préméditation n’exige pas des jours de préparation, seulement le temps de pouvoir renoncer. Il a aussi dénoncé une « inversion des rôles », qui aurait fait de la victime la cause du crime.
L’avocat de la défense, Me Jean-Philippe Mayence, a répliqué devant la presse en dénonçant des attaques personnelles et en estimant que les parties civiles peinaient à dire quand la préméditation aurait commencé, rapporte la RTBF. L’accusé reste présumé innocent de l’assassinat jusqu’au verdict.
Lundi 5 octobre : l’assassinat requis, le meurtre plaidé
Le matin, l’avocat de la sœur de la victime a plaidé à son tour pour un acte prémédité, selon L’Avenir. Puis l’avocate générale, Laure Wynants, a requis l’assassinat : pour elle, la préméditation ne fait aucun doute, rapporte la RTBF. Elle s’est appuyée sur trois éléments : six balles tirées à bout portant, dont trois dans des zones vitales ; neuf minutes entre le départ de l’accusé de la propriété et la sortie de la voiture de la victime, un délai qui laissait selon elle le temps de renoncer ; et des tirs ajustés qui ont évité le père de l’accusé.
L’après-midi, Me Jean-Philippe Mayence a plaidé pour la défense. Il ne demande pas l’acquittement : il invite les jurés à répondre « oui » à la question du meurtre, mais « non » à celle de la préméditation, selon la RTBF. Ses arguments : les parties civiles ne s’accordent pas sur le moment où la décision aurait été prise, et l’accusé avait d’autres rendez-vous ce jour-là ainsi qu’un séjour à l’étranger réservé pour les jours suivants. La défense n’a pas invoqué la contrainte irrésistible, qui aurait pu exclure la responsabilité pénale ; selon L’Avenir, c’est l’accusé qui a refusé qu’elle le soit, pour assumer les conséquences de ses actes.
La suite du procès
L’accusé devait prendre la parole une dernière fois le mardi 6 octobre 2026 au matin, avant que les jurés se retirent pour délibérer, selon la RTBF. Ils répondent à deux questions : y a-t-il eu homicide volontaire, et, si oui, avec préméditation ? Si la culpabilité est retenue, les débats sur la peine suivent. Cet article sera complété au verdict, qui fera l’objet d’un nouvel article.
Assassinat ou meurtre : l’enjeu du verdict
Tout le procès tourne autour d’une question : la décision de tuer avait-elle été prise et mûrie avant les tirs ? Si oui, c’est un assassinat ; sinon, un meurtre. La différence pèse lourd : selon TV Com, l’accusé encourt la réclusion à perpétuité si la préméditation est retenue, et jusqu’à 30 ans pour un meurtre.
Pour trancher, les jurés entendront l’accusé, les parties civiles et de nombreux témoins : la RTBF en annonce 118, dont aucun n’aurait assisté directement aux tirs. Le jury délibère depuis le mardi 6 octobre 2026.
Comment fonctionne une cour d’assises
La cour d’assises juge les crimes les plus graves. Douze citoyens tirés au sort parmi les électeurs de la province y décident de la culpabilité, puis de la peine avec les trois magistrats professionnels. Les audiences sont publiques : n’importe qui peut y assister, dans la limite des places de la salle.
Ohain et Lasne face à l’affaire
Les faits se sont déroulés à Ohain, l’un des villages de Lasne, commune résidentielle proche de Waterloo et de Braine-l’Alleud. Pour les habitants, ce procès rouvre une affaire qui avait marqué l’entité en 2023.
BrabantNews suit le procès jusqu’au verdict : cet article sera mis à jour à chaque étape importante. Les informations pratiques de la commune (services, lieux publics, contacts) sont sur la page vivre à Lasne, et les numéros d’urgence sur la page urgences de Lasne.
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Questions fréquentes
De quoi Nicolas Ullens est-il accusé devant la cour d'assises de Nivelles ?
Il est accusé de l'assassinat, c'est-à-dire d'un meurtre avec préméditation, de sa belle-mère, abattue le 29 mars 2023 à Ohain, section de Lasne. Selon la RTBF et TV Com, il reconnaît avoir tiré mais conteste la préméditation.
Quelle est la différence entre assassinat et meurtre ?
Un assassinat est un meurtre commis avec préméditation : la décision de tuer a été prise et mûrie avant d'agir. Sans préméditation, on parle de meurtre. Selon TV Com, l'accusé encourt la réclusion à perpétuité si la préméditation est retenue, et jusqu'à 30 ans s'il est reconnu coupable de meurtre.
Combien de temps dure le procès Ullens aux assises du Brabant wallon ?
Les débats ont commencé le jeudi 24 septembre 2026 à Nivelles, après la constitution du jury le lundi 21 septembre. Les plaidoiries se sont terminées le lundi 5 octobre 2026 ; après la dernière parole de l'accusé, le mardi 6 octobre au matin, le jury s'est retiré pour délibérer, selon la RTBF. Si la culpabilité est retenue, la peine se discute ensuite devant la cour et le jury.
Que disent les experts psychiatres au procès Ullens ?
Le psychologue et le neuropsychiatre désignés par la juge d'instruction n'ont relevé, le 28 septembre 2026, aucune maladie ni aucun trouble mental qui aurait privé Nicolas Ullens du contrôle de ses actes au moment des faits. Ils décrivent des traits narcissiques qui ne constituent pas un trouble, et un risque de violence future jugé faible, selon la RTBF et L'Avenir.
Qui compose le jury du procès Ullens ?
Douze citoyens tirés au sort, six femmes et six hommes, assistés au départ de six jurés suppléants. Dès le premier jour des débats, le 24 septembre 2026, une jurée empêchée pour raisons médicales a été remplacée par la première suppléante.