Plus de caisson hyperbare en Wallonie : l’Hôpital militaire s’inquiète pour les plongeurs et les intoxications au CO
Le dernier caisson hyperbare de Wallonie, à l’hôpital Vésale de Montigny-le-Tilleul, ne soigne plus personne depuis fin juillet 2026. À Bruxelles, l’Hôpital militaire prend le relais, voit son activité grimper et craint que les trajets plus longs compromettent le pronostic de certains patients urgents. Le caisson pourrait pourtant redémarrer. Il manque l’argent.
Avec les réponses écrites d’HUmani et de la Défense à BrabantNews.
Par Philippe Loneux Publié le 5 min de lecture
Photo : HUmani
Sommaire de l'article
- Un caisson à l’arrêt, mais pas démonté
- À Bruxelles, l’Hôpital militaire en première ligne
- « Un risque supplémentaire » pour les urgences
- Combien coûterait la réouverture ?
- Pourquoi le fédéral ne paie pas
- Les communes montent au créneau, jusqu’en Brabant wallon
- Accident de plongée ou intoxication au CO : les bons réflexes
- Questions fréquentes
Un caisson à l’arrêt, mais pas démonté
Il se trouve à l’hôpital Vésale, à Montigny-le-Tilleul, sur un site du réseau hospitalier public HUmani. C’était le dernier caisson hyperbare en activité en Wallonie. On y soignait des urgences, comme les accidents de plongée et les intoxications au monoxyde de carbone, mais aussi des malades chroniques.
Le service perdait de l’argent chaque année. HUmani, qui doit économiser 30 millions d’euros par an selon la RTBF, a suspendu son activité fin juillet 2026.
Suspendu, pas abandonné. « Le caisson est suspendu, pas fermé », insiste Frédéric Dubois, directeur de la communication d’HUmani, en réponse à nos questions. Pour l’heure, ni démontage ni revente ne sont envisagés. L’équipe spécialisée a été réaffectée dans d’autres services de l’hôpital.
À Bruxelles, l’Hôpital militaire en première ligne
Depuis, une partie des patients wallons sont orientés vers le centre d’oxygénothérapie hyperbare de l’Hôpital militaire Reine Astrid, à Neder-Over-Heembeek. La Défense les accueille dans le cadre de l’Aide à la Nation : aucun autre hôpital de la Région bruxelloise ne dispose encore de cette thérapie. Le centre fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, avec un médecin de garde.
Et la demande grimpe. Selon le service de presse de la Défense, les appels et les traitements pour des accidents de plongée ont augmenté de façon importante depuis l’arrêt de Vésale. Les carrières et les lacs autour de Philippeville, très prisés des plongeurs, y sont pour beaucoup : les accidents qui partaient vers Montigny-le-Tilleul prennent désormais la route de Bruxelles.
Pour les autres traitements, l’activité du centre a augmenté d’environ un tiers en septembre 2026 par rapport aux années précédentes.
« Un risque supplémentaire » pour les urgences
Le centre militaire tient le coup, pour l’instant. Mais la Défense est catégorique : sa capacité ne peut pas remplacer un caisson en Wallonie.
D’abord parce qu’il ne dispose pas de toutes les spécialités d’un hôpital civil. Il n’accepte donc aucun patient sans contact téléphonique préalable avec son médecin de garde.
Ensuite parce que les trajets s’allongent. Pour la Défense, ces transferts plus longs représentent « un risque supplémentaire ». Elle craint qu’ils compromettent le pronostic de certains patients urgents : les plongeurs accidentés et, en hiver, les personnes intoxiquées au monoxyde de carbone.
Les malades chroniques trinquent aussi. Selon la Défense, les patients du sud de la Wallonie font face à des distances et des frais de déplacement quotidiens qui empêchent souvent leur traitement.
Combien coûterait la réouverture ?
Techniquement, le caisson peut redémarrer. Mais selon HUmani, il faudrait :
- environ 800 000 euros de gros entretien, notamment pour remplacer le pupitre ;
- 68 000 euros d’entretien courant chaque année ;
- et éponger un déficit structurel d’environ 500 000 euros par an.
Et l’horloge tourne : plus la suspension dure, plus il sera complexe de renouveler les certifications de l’équipement, prévient l’hôpital.
Pourquoi le fédéral ne paie pas
Le remboursement des séances dépend de l’INAMI, donc du fédéral. En octobre 2025, la députée Ludivine Dedonder (PS) affirmait au Parlement qu’une séance coûtait environ 180 euros, pour un remboursement de 85 euros, limité aux deux premiers jours de traitement.
Interrogé par BrabantNews, le cabinet du ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), renvoie à la réponse qu’il avait donnée à la Chambre le 7 octobre 2025. Le ministre y reconnaissait que, selon des analyses antérieures, un caisson ne peut pas être rentable avec le seul remboursement des séances, vu le coût du personnel spécialisé et des normes de sécurité. Mais il ajoutait que la rentabilité d’un service doit s’apprécier dans l’ensemble des finances de l’hôpital. Il rappelait aussi que les études du Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), en 2008 et en 2016, n’avaient pas trouvé de preuves scientifiques suffisantes pour la plupart des indications. Il évoquait l’idée de centres de référence répartis sur le territoire, avant de conclure que, vu le contexte budgétaire, « les solutions ne seront pas évidentes ».
Selon HUmani, aucun contact n’a eu lieu avec le fédéral ni avec la Région depuis juin 2026. L’hôpital affirme que le fédéral a refusé tout soutien « pour si peu de patients », en invoquant des traitements alternatifs que l’hôpital juge moins efficaces.
Côté wallon, le ministre de la Santé Yves Coppieters (Les Engagés) a dit avoir interpellé son homologue fédéral pour examiner un refinancement, tout en soulignant que le caisson ne figure pas dans la liste légale des équipements médicaux lourds.
Les communes montent au créneau, jusqu’en Brabant wallon
Le mouvement est parti de Courcelles, qui a voté en janvier 2026 une motion pour sauver le caisson. En juin 2026, la RTBF comptait une quinzaine de communes wallonnes dans le même cas. Ces textes n’ont pas de valeur contraignante et n’engagent aucun budget.
Le 1er septembre 2026, Courcelles a envoyé à toutes les communes wallonnes une nouvelle motion, qui regrette fermement le refus du fédéral et demande notamment à l’INAMI d’adapter le financement. En Brabant wallon, Genappe l’a inscrite à l’ordre du jour de son conseil communal du 6 octobre 2026.
Une piste avait été lancée en juin 2026 par le chef des urgences d’HUmani, Fabien Guerisse, selon la RTBF : si chaque commune versait environ 15 centimes par habitant et par an, le déficit serait couvert.
Accident de plongée ou intoxication au CO : les bons réflexes
- Appelez le 112. C’est lui qui décide vers quel hôpital la victime est orientée.
- Ne vous rendez pas directement à l’Hôpital militaire : il n’accepte les patients que sur orientation médicale, après contact avec son médecin de garde.
- Suspicion d’intoxication au monoxyde de carbone : aérez en ouvrant portes et fenêtres, si vous pouvez le faire sans vous mettre en danger, et appelez le 112 en signalant que vous suspectez une intoxication au CO.
- Pour un conseil, le Centre Antipoisons répond 24 h/24 au 070 245 245.
Le moment est mal choisi pour manquer de caisson : selon l’IRM, les intoxications au monoxyde de carbone surviennent surtout pendant la saison de chauffe, d’octobre à mars. Les numéros utiles de votre commune sont sur sa page « urgences », par exemple à Genappe.
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Questions fréquentes
Y a-t-il encore un caisson hyperbare en Wallonie ?
Non. Le seul en activité, à l’hôpital Vésale de Montigny-le-Tilleul, est suspendu depuis fin juillet 2026.
Où est le caisson hyperbare le plus proche du Brabant wallon ?
À l’Hôpital militaire Reine Astrid de Neder-Over-Heembeek, à Bruxelles. D’autres caissons existent notamment à Anvers, à Genk et à Bruges.
Le caisson de Vésale va-t-il rouvrir ?
Rien n’est annoncé. Il n’est ni démonté ni vendu, mais sa relance coûterait environ 800 000 euros, sans financement annoncé à ce jour.
À quoi sert un caisson hyperbare ?
On y fait respirer de l’oxygène pur à un patient placé sous pression. Il sert notamment pour les accidents de décompression en plongée, les intoxications au monoxyde de carbone, certaines infections graves ou des complications du diabète.
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